“Combien de moments dans une existence entière, dans une vie d’Homme, peuvent-ils être qualifiés d’inoubliables ? Combien peuvent-ils l’être par avance ? Ce que nous avons à connaître est historique. C’est que nous avons à traverser c’est notre histoire.” – Philippe Besson. En l’absence des hommes. –

“L’Homme pleure sur les années de la jeunesse, qui furent belles sans doute, et ne reviendront plus. Il pleure sur les conquêtes passées qui annoncent les retraites à venir, sur les victoires d’hier qui sont les défaites de demain.” – Philippe Besson. Les jours fragiles –

 

 

L’année de terminale n’est plus. La flamme qui consumait peu à peu les pages du calendrier vient de s’évanouir et, déjà, mes souvenirs perdent de leur clarté.

Ces dernières semaines j’ai vu la classe s’étioler doucement. Les élèves disparaissaient, comme des pétales poussés par le vent. Je ne m’en plaignais pas. Je ne les aimais pas. Mais, leur départ était le prodrome de l’absence à venir. L’absence totale et définitive. C’est fini, rien ne sert de rester plus longtemps que les autres. C’est ce que j’ai fait pourtant. Je couvais quelques étincelles vouées à s’éteindre. Les journées perdaient de leur saveur. Sur chaque visage, se lisait l’idée de fin.

Je suis là. Pour la dernière fois. L’évidence est là. Je ne l’admet pas. Ils ne s’en soucient pas. Nos “au revoirs” ressemblent à des “à plus tard” alors que, d’ici peu, à l’évasive évocation de ces instants, ils prendront toute leur dimension d’Adieux.

Je n’aime pas partir, me sentir au bord de l’irrévocable rupture. Je n’aime pas subir le temps. Mon impuissance m’effraie.

Je regrette mon absence future.

Une période vient de se sceller au fond des coffres obscurs et sans clefs du passé, enfermée dans la pénombre, hors de portée à jamais, bientôt mêlée aux années les plus proches, bientôt déformées. C’est une période qui s’achève, des souvenirs qui se diluent et s’émiettent, comme des sucres dans l’eau. C’est un monde qui s’écroule. J’avance vers mes ruines futures, sous un soleil triomphant. Le beau temps de l’été a toujours été une insulte pour moi. La chaleur, la présence plus évidente de la nature, la révélation désespérante de toutes ces galaxies lointaines dans le ciel nocturne m’effraient. Je me sens plus près des choses condamnées à périr, mon existence me paraît ridiculement dérisoire. L’été me mine. Le passé n’éveille que des regrets, le futur annonce les prochains deuils. Je me raccroche au présent. Ça ne suffit pas. Ça ne suffit plus.

C’est fini. Adieu terminale. Adieu lycée. C’est fini. Ma prise de conscience est tardive. En réalité, ce qui durait était fini depuis longtemps. Ces rapports amicaux, construits au fil des mois, des ans, avaient perdu leur valeur bien avant. Mais, tant qu’on se voit, on continue de faire semblait. Une bonne conversation engage de nouveaux espoirs quelques jours et nous en revenons aux “Bonjour”, “Au revoir”, aux sourires que l’on veut encore complices mais qui nous étirent plus le cœur qu’ils ne nous étirent les lèvres. C’est fini. La comédie s’achève. Les rideaux se tirent. C’était bien, un peu lassant sur la fin, mais on l’oubliera, on conservera les meilleurs moments. Le passé embellit toujours ce que le présent regrette déjà.

Ces derniers jours, je n’ai cessé de voir mes professeurs, mes élèves avec en tête l’idée qu’il s’agissait peut-être de la dernière fois. Le dernier rire, la dernière conversation, le dernier regard. L’obsession du Dernier. Pourquoi ne se souvient-on jamais de cette dernière fois ?

Les Hommes se quittent toujours comme s’ils devaient se retrouver un jour. L’absence ne se réalise qu’au bout de quelques années et les retrouvailles sont inutiles. On ne rattrape pas le temps perdu. Avant n’est plus Aujourd’hui. Aujourd’hui n’est plus comme Avant.

C’est tout un pan de ma vie qui se meurt. Un de plus. La vie n’est rythmé que par une série de deuils. Peu le relèvent. Ils profitent du présent, comme si Toujours s’associait avec le concept de vie.

Une rencontre faite au sortir d’une épreuve illustre parfaitement ma pensée.

Elle m’aborde dans les escaliers, feint de s’intéresser au déroulement de mon épreuve. Nos sortons ensembles. Personne ne m’attend, elle n’attend personne. Nous faisons un bout de chemin ensembles. Je ne connais pas son nom. Elle ne me demande pas le mien. C’est sans importance. Je lui pose des questions sur elle dont les réponses ne m’intéressent pas. Elle en fait de même sans doute. On fait semblant. On se prête au jeu du « faisons connaissance ». En chemin, elle en rencontre un autre, nous nous séparons.

« A bientôt peut-être » lui dis-je. Mon peut-être n’avait jamais revêtu des allures aussi peu incertaines. J’ai poursuivi mon chemin seule.

Je crois que le lendemain une fille m’a souri dans la salle d’examen. Si s’était elle, je ne l’ai pas reconnue.

image : Gris Grimly



3 Responses to “Puisque tout s’achève…”  

  1. 1 Katius .

    Ah tiens , Grims Gimly !
    Serait grand temps que j’entre ce nom dans ma p’tite tête hein !

    “Euh Barbara , c’est de toi ce subliiiiiime avatar ?
    - Noooooon ! C’est de Grims Gimly ! Et tu me l’as déjà demandéééééé !
    - Euh O_o non . J’t'ai juste dit qu’il était beau -.-’
    - Nooooon ! Tu me l’as demandé il y a quelques jours je sais plus en tout cas tu me l’as demandé !
    - Ah !”

    Bref . Juste histoire de m’alarmer sur ma mémoire de poisson rouge .

    Ta façon d’écrire m’a manqué .
    0ui , on voit pas vraiment de tels textes dans tous les blogs , ouoh non !

    Quelquefois , j’dois avouer que c’est un peu “twiiiiste” mais … réaliste .

    Quoiqu’il en soit , JE ne t’oublierai point .
    Tous les vieux jeux débiles en français , “genre” la gagnante étant celle qui aura le dernier mot se terminant par euh … une certaine terminaison ^^’ ; toutes les fois où je t’ai nourri ; tous ces SMS que j’ai gardé pour la plupart , certains d’une utilité euh … qui laisse à désirer “debil” , “favori : touffe de poils . *Barbara apprend de nouveaux mots*” ; tous ces appels manqués , aussi ; les morceaux de musiques que tu m’as fait découvrir , de Silverash par exemple , je crois ; tous ces bouquins et mangas échangés (Cantarella) ; tout ce stress subit avant que la prof de français nous rende nos copies ; …

    Brefffff .

    Au fait , ça va , amie Conformiste ? (référence à la discussion de tout à l’heure ^^’ ;)

  2. 2 Katius .

    Merte quoi .
    En plus d’avoir du mal à me souvenir de ce nom en question , je n’sais même pas l’écrire correctement !
    GRIS GRIMLY AVEC UN R ENTRE LE “G” ET LE “I” !

    xD

  3. 3 Canard

    Ah là là…c’est déprimant ce genre d’article, et pourtant tellement vrai. J’appréhendais depuis longtemps la fin du lycée, parce que je me disais (et je me dis toujours) que plus rien ne sera pareil après, qu’on ne pourra plus se retrouver tous ensemble en cours comme avant. J’ai également eu “l’obsession du dernier” comme tu dis, à chaque fois je me disais “voilà, je ne le/la reverrai plus”, “je ne marcherai plus jamais ici”, “je ne verrai plus jamais cet immeuble immonde par les fenêtres des couloirs” et toutes ces choses si insignifiantes qu’on ne remarque pas parce qu’on les a trop vues. Enfin bon, sache qu’en tout cas je me souviendrai du dernier cours passé à tes côtés (et de bon nombre d’autres aussi d’ailleurs), ce merveilleux cours de géographie sur l’interface méditerrannée.
    Et puis d’ailleurs, comment oublier tous ces cours magnifiques passés avec toi durant ces trois années de lycée !? En passant des cours de maths passés à faire des histoires à ceux d’italien passés à exaspérer la prof ou encore ceux de dnl passés à regarder l’heure, je ne pourrai pas les oublier, je ne veux surtout pas les oublier. Et même si j’embellirai le passé, tant pis, je veux m’en souvenir.
    En tout cas tu seras une des rares personnes du lycée avec qui je garderai contact, l’histoire des canards durera encore longtemps ! XD (j’espère !)

    J’ai l’impression que j’avais pleiiin de choses à te dire, mais il est bientôt deux heures du matin et je ne sais plus de quoi il s’agissait alors je vais arrêter là.
    Au pire je reviens demain pour te dire tout ça .

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