Je suis tolérant mais tais toi
Les gens vous disent qu’ils sont ouverts, que votre homosexualité ne les gêne pas, que ça ne change absolument à vos relations. Ça ne change rien, en effet. On fait son co à ceux qui nous nous sont les plus proches, on s’y attarde un peu avec ceux qui veulent “comprendre”, estimant qu’il s’agit là d’une bonne volonté de leur part, puis, on y pense plus, on en parle plus et tout redevient comme avant.
Et là on se dit que, finalement, il n’y avait aucune raison d’en faire toute une montagne. Finalement, c’est facile. Finalement, ça ne change rien… ça ne change rien, et c’est là que le bas blesse. Quelques semaines passent, puis, tout semble oublié, à recommencer.
Hier, je montrais mon dernier dessin à ma mère, un couple garçons (Clair et Anaël plus précisément) installé sur un banc… Et voilà tout ce qu’elle trouve à me dire :
- Arrête de faire ce type de dessin, on va penser que tu as des “penchants”
- C’est le cas non ?
- Mouais… ça reste à voir…
Je n’insiste pas. C’est inutile. Nous avions déjà eu de longues conversations sur la question. De longues et pénibles heures, à me mettre à nu devant elle, à lui confier des choses que je n’avais jamais dites à personne dans l’espoir qu’elle comprenne l’importance, le sérieux de mes aveux, pour aboutir à “ça”. Elle ne peut le concevoir, elle le rejette. Pourtant, elle se montre plutôt tolérante vis à vis de l’homosexualité. Tolérante du moment qu’elle n’est pas sous son toit, du moment qu’on en parle pas… C’est le cas de trop de monde. Parfois, je me suis amusée à la provoquer, pour voir sa réaction en lançant un “Eh tu sais que l’auteur que tu lis était gay !” et là, elle me lance un regard outré en répondant “Ho arrête ! Il aimait bien tenter de nouvelles expériences, c’est tout”. Tenter de nouvelles expériences. Voilà à quoi cela semble se réduire selon elle. Elle n’exclue pas, ne blâme pas les rapports d’homme à homme, de femme à femme, mais refuse de donner un caractère définitif à ces attirances. Rien n’est définitif. Oui, ce n’est pas faux, dans certains cas. Cependant, on n’irait pas tirer ce genre de conclusion en parlant de l’hétérosexualité, on n’irait pas dire à son fils qui aime les filles “ho mais tu sais, ça peut changer”. L’idée ne leur effleurerait pas même l’esprit.
Ces phrases et remarques qui blessent, je me suis résolue à les ignorer pour l’instant. Je n’en parle plus, je ne provoque plus, ou presque, ça ne sert à rien. Et si d’aventure je leur propose de regarder un film centré sur une histoire d’amour homosexuelle, dans l’espoir stupide de partager, j’aurais droit à un “Oh arrête un peu avec ça !” exaspéré. Il faut regarder, lire une romance hétéro, c’est tellement mieux. Seulement, ma sensibilité est différente et cela me touche moins (à moins que le scénario soit vraiment superbe). On dit que les goûts ne se discutent pas. Mais on oublie de suivre cette règle pour ces préférences là… Trop se pencher (car il n’est même pas question d’afficher) sur ce type de préférence devient vite un “mauvais délire”, une envie de provoquer.
On ignore, tant qu’on le peut, même si l’on sait. Hier encore, j’en ai eu un nouvel exemple, j’étais au cinéma avec la mère d’une amie de ma sœur. Quand l’un des personnages du film, coiffeur gay (héhé !), s’est mit à dire “Wah il est bien moulé !” en voyant un homme passer et que sa plus jeune fille lui a demandé ce qu’il voulait dire, elle lui a répondu qu’il avait vu une fille avec de belles fesses… Quelques instants plus tard, lorsqu’il n’était plus possible d’occulter les attirances sexuelles du jeune homme, elle a daigné expliquer à sa fille qu’il était homosexuel. Des exemples de ce type, j’ai l’impression d’en voir de plus en plus souvent. Peut-être est-ce parce que j’y suis devenue plus sensible. L’intolérance est plus insidieuse. Ceux qui la pratiquent n’en prennent même pas conscience. C’est ça qui est le plus désolant…
Mais, pourquoi le dire quand on peut le cacher ?
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One Response to “Je suis tolérant mais tais toi”
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Je pensais pas à que tu l’écrives quelque part. Mais j’imagine que ça te permet de faire le point. ^_^
‘façon c’est quelque chose qui n’est pas encore accepté… comme le fait qu’une femme en politique ça marche pas, alors que pourtant c’est la société qui fixe ces normes et tout. C’est la socialisation qu’a vécu ta mère qui l’a fait se comporter comme ça.. (cours de socio powa) c’est malheureux mais ptêtre qu’avec le temps l’intolérance s’en va…
Mais c’est dommage que ça doit d’abord sa propre famille qui le soit. Dis toi que tes amis ne le sont ptêtre pas. ^^